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La Poste : de la libéralisation à la privatisation

samedi 15 novembre 2008, par Solidaires 18


Il a fallu la parution d’un article du Monde, le 4 juillet 2008, pour qu’enfin les 285 000 postiers français apprennent que les dirigeants de la Poste et le gouvernement envisageaient un changement du statut de l’entreprise, suivi d’une ouverture de capital. Démarche hélas prévisible, dans le cadre d’une libéralisation forcenée des services mise en place par l’Union européenne dès 1986, même si aucune directive ne l’impose. Démarche confirmée le 28 août par Jean-Paul Bailly, président de la Poste, qui prévoit la transformation en société anonyme pour 2010, et l’ouverture du capital pour 2011.

Un excellent 4 pages vient d’être édité par l’AITEC, Attac et la Fondation Copernic. En voici quelques extraits :

Le document est consultable en pdf à la fin de cet article

LA POSTE, UN MONOPOLE DE L’ÉTAT DEPUIS LES ORIGINES

La Rome antique connaissait une poste impériale centralisée, dont les vestiges s’effondrent au Moyen Âge. La création de la poste moderne est surtout liée au personnage de Louvois, ministre de Louis XIV, surintendant général des postes et relais à partir de 1668, qui organise un système centralisé exploité par la Ferme générale des postes. À la Révolution, la Ferme générale des postes est supprimée et remplacée par un service public entièrement exploité par l’État. À cette époque, le service postal est essentiellement urbain ou interurbain, délaissant presque totalement les campagnes. De plus, la taxe sur les messages est acquittée par les destinataires, et elle varie selon les distances parcourues. Le premier problème est réglé en 1830 avec la généralisation de la distribution du courrier, un jour sur deux, sur l’ensemble du territoire, grâce à plus de 5 000 facteurs (la distribution devient quotidienne dès 1832). Le second est résolu par la Réforme postale, née en Angleterre en 1839, puis étendue à l’ensemble du monde. Le principe en est simple : d’une part la taxe sur le courrier doit être payée par l’expéditeur, de l’autre ce dernier ne doit pas être taxé en fonction de la distance parcourue par sa lettre. C’est l’instauration du tarif unique, rendu possible par le système de péréquation, élément essentiel de tout service public : les activités rentables financent celles qui sont déficitaires, de façon à assurer la mission de service public sur tout le territoire, à un coût supportable par l’ensemble de la population. La Réforme postale s’accompagne de la création du timbre-poste qui, lié à l’implantation de boîtes aux lettres, permet en principe l’anonymat et l’inviolabilité du courrier envoyé. Le premier timbre, le célèbre Penny Black, voit le jour en Angleterre en 1840. Il faudra passer par une révolution pour que la réforme postale s’applique enfin à la France, à partir du 1er janvier 1849, avec « une taxe fixe et uniforme de 20 centimes pour toute lettre circulant à l’intérieur, dont le poids n’excédera par 7 grammes et demi, et quelle que soit la distance à accomplir dans toute l’étendue de la France, de la Corse et de l’Algérie ». D’autres tarifs sont fixés en fonction du poids des envois ou de l’expédition en recommandé, le tout accompagné de timbres-poste à l’effigie de Cérès. Par la suite, l’administration des postes absorbe celle des télégraphes : le ministère des postes et télégraphes est créé en 1878. La même année, le téléphone arrive en France, mais il est d’abord exploité par une société privée, avant d’être nationalisé en 1889 et rattaché au télégraphe. Le ministère de tutelle, d’abord sous-secrétariat puis secrétariat d’État, prend en 1929 le nom de ministère des postes, télégraphes et téléphones (PTT). Il deviendra en 1960 le ministère des postes et télécommunications, tout en conservant le sigle PTT, transformé en P et T en 1986, deux ans avant la création de France Télécom et quatre ans avant que la Poste et France Télécom acquièrent chacune un statut assimilable à celui des EPIC (établissements publics à caractère industriel et commercial). À noter aussi le rôle essentiel des services financiers de la Poste, dès le XIXe siècle : le mandat postal date de 1817, la Caisse nationale d’épargne (CNE) voit le jour en 1881 (le livret d’épargne prendra en 1966 le nom de Livret A), tandis que les chèques postaux sont créés en 1918.

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